Ce message, c’est une lettre ouverte à moi-même. Cette année je me suis sentie faible.   J’ai traversé une brume que j’ai cru sans fin, qui m’a mené de l’Eden à des marécages dont je ne sort pas. Cette année a bousculé mes cadres, fait chavirer mes sentiments. J’ai l’impression d’avoir perdu beaucoup, beaucoup plus que je n’ai  gagné. J’ai l’impression d’avoir avancé dans le vide, d’avoir marché sur un fil, couru, et perdu l’équilibre dans ma précipitation. J’ai cru avoir construit des projets, des amitiés, des relations, puis les ai observé se détériorer, foncer dans le mur, s’écraser face à la réalité.

J’ai compris à quel point j’étais seule. Je suis seule.  Pas physiquement, mais, d’une façon ou d’une autre, on finit toujours seul.e, quand y pense (trop). J’ai cru que je serais soutenue,  peu importe mes choix. J’ai cru naïvement que tout serait plus simple. Qu’on ne se servirait pas de moi. Que je n’aurais pas ce genre de tracas de santé, de tracas dans ma famille, de tracas de la vie.  J’ai cru m’être débarrassée du poids de mes doutes, de mes origines, mon nom, mes erreurs, mes peurs et mon manque de confiance en moi.

J’ai pensé que ma plume resterait à jamais ma secret weapon, mon arme à moi, mon secret invincible. Elle s’est brisée, en même temps que mes rêves d’enfants, mes envies d’y croire, ma volonté à apporter de la lumière dans ce monde.  Je pensais que parler allègerait ma peine, aiderait les autres à me comprendre.  Je ne suis pas une âme en peine ; je suis une fille qui donne le couteau à son bourreau. Quelques fois, il faut savoir tenir sa langue. Eluard a beau dire que les larmes sont les pétales du cœur, et qu’il faut pleurer, je pense que pleurer seul.e n’a rien d’une honte : c’est une force.

Personne n’a besoin d’entendre des plaintes, des cris, des appels à l’aide. Personne n’y répondra correctement. Y’a-t-il jamais eu une vraie conversation, dans laquelle je n’étais pas celle qui compensait le manque d’intérêt de l’autre ? Ai-je été appréciée, un jour, comme plus qu’une amie-sympa-sur-laquelle-peut-compter, comme plus qu’une roue de secours, comme une personne à part entière ? (Heureusement, oui)

Comme il est triste que je vive dans un microcosme pas assez lumineux. J’ai tellement à offrir, si l’on me donne un peu de lumière. Mon cœur bat toujours pour être en harmonie avec un monde qui m’offre toutes les libertés. Je rêve de voyage, je rêve de solidarité, je rêve d’écrire, jour et nuit, toute ma vie. Je rêve d’un sourire, d’une main, pour me sortir de cet empire de l’égoïsme. Je rêve de partager tout ce que j’ai, de me battre, pour un monde plus juste, plus beau.

J’ai l’intime conviction que la science mène le monde, et plus intimement que nous ne pourrions le penser. La physique est passionnante, et elle nous apprend la réciprocité des forces. Pour peu qu’une force soit exercée sur un corps, ce corps répondra pour compenser et rester stable. La gravité nous appelle au sol, nos muscles nous maintiennent debout : compensation. Tu m’offres un sourire, je te demande si tu vas bien : compensation. Stabilité. Harmonie.

J’ai peut-être tendance à trop couvrir les personnes qui m’entourent d’attention, sans rien attendre en retour, sinon de la gentillesse. Alors pourquoi, pourquoi ? , suis-je toujours celle dont le sourire s’efface à la fin ?

Je ne m’apitoie pas ; je ne m’apitoie plus. Mon arme secrète fonctionne toujours, j’ai juste besoin de dérouiller certains verrous. Je mets tout à plat, mon passé, mes erreurs, mes pas de travers. Je réécris mon passé, pour mieux écrire mon avenir.  Je pense que c’est que c’est une façon comme une autre de se construire, en tant qu’adulte, en tant qu’humain, qui a droit d’être fort et fragile, sensible et froid, plein d’amour et d’esprit de revanche, de bataille.